Patrimoine

Déjà habité à l’époque gallo-romaine (quartier des Vauges), le village était un centre de pêche et d’abattage de bois. A l’époque des Vikings, le village se situait sur la route de ces envahisseurs dont le nom actuel (les Damps) pourrait être un héritage (Les Dams, As Dans, Has Dams, les danois). Avant que Rollon ne mette le siège autour de Paris, dans les environs du village, s’est déroulée la bataille des Damps entre Rollon contre Renaud d’Orléans et Hastings d’Evreux ancien chef normand lui-même, à la suite de laquelle Rollon installa sa base de départ vers Paris. En 864, Charles le Chauve, qui résidait au lieu nommé maintenant le Manoir, décida de la construction d’un pont de pierres et deux châteaux sur le territoire d’Hasdams, afin d’arrêter les hommes du Nord dans leurs incursions par voie de Seine. Une maison datant du XIIIe siècle est dénommée «la maison de la Dame Blanche» car elle aurait appartenu à «Blanche de Navarre» (épouse de Philippe VI de Valois) qui possédait un manoir à Léry.
 Au XVe siècle, de 1480 à 1481, Louis XI fit stationner 10 000 hommes des troupes de l’Ost et leurs instructeurs Suisses. Ils s’entraînèrent durant un an à la formation des carrés de piquiers (formation guerrière de l’époque) en terrains plats, en terrains vallonnés descendants et montants, en terrains boisés, à construire des ponts de bateaux, à franchir des coupures à l’aide de fascines, à mener le siège d’une forteresse, à s’emparer d’une ville. Après un an d’instruction, Louis XI décida de la création des premières unités permanentes d’infanterie du royaume sous l’appellation de «bandes» de 1 000 hommes chacune. Les premières furent déployées en Picardie pour y combattre les Espagnols-Flamands, ce qui leur valut l’appellation de « Bandes de Picardie ». Suivirent les bandes de Piémont (1494), puis de Navarre (1558), de Champagne (1558), et de Normandie en 1562.

Le pont de l’Eure

Suite à la crue centennale de 1910 qui monta aux Damps jusqu’à 9m341 et inonda cette place, pour limiter les effets d’une nouvelle crue centennale, il fut décidé de canaliser la Seine et de détourner l’Eure jusqu’à Martot, pour en éviter les remous que l’Eure provoquait dans la Seine et qui gênaient les bateliers. Les travaux débutèrent en 1932 et s’achevèrent en 1939. Le pont fut construit en 1935 dans le cadre des grands travaux lancés par Edouard Daladier en 1932. Du fait de ces travaux, les îles du centre du confluent furent reliées les unes aux autres mais leurs noms perdurent toujours sur les cartes (St Pierre, Rouville, Ortieu, Grande, aux Bœufs…).

La Gentilhommière

La route de l’Eure a attiré de riches propriétaires rouennais et parisiens à partir du milieu du XIXe siècle, d’où les belles demeures dont la Gentilhommière.

La chapelle Saint-Pierre

Construite sur l’emplacement de l’ancienne église paroissiale, la chapelle des Damps fut bâtie en 1856. Avant la révolution, la paroisse des Damps fut absorbée par celle de Pont de l’Arche et son église fut démolie. En 1856, la chapelle fut érigée sur les deniers des fidèles et donc avec les matériaux les moins chers : des moellons calcaires locaux en remplissage ainsi que la brique rouge en chaînage. L’ardoise fut choisie pour sa légèreté afin de couvrir une charpente, et un bâtiment, aux capacités de résistance limitées. Un presbytère, construit en briques rouges, fut adjoint à la chapelle. La cloche de la chapelle, logée dans un clocher carré aux dimensions minimalistes, fut offerte en 1854, marquant ainsi le début des donations. Le jardin de la chapelle servait de cimetière jusqu’à la Première Guerre Mondiale puis fut remplacé par le nouveau cimetière à l’entrée sud du village.

La péniche en ciment-armé

C’est en 1848 que Joseph-Louis Lambot, agriculteur varois, construisit, le premier, une barque en ciment armé de treillages métalliques. Durant la Première Guerre Mondiale, la carence en péniches pour transporter le charbon américain de Rouen à Paris, et la pénurie d’acier stimulent la construction de coques de chalands et remorqueurs en béton armé en substitut aux coques en acier. Les plus connus des « bateaux-en-béton » faisaient partie d’une série de chalands de 80m construits pendant la guerre de 14-18 pour porter à Paris le charbon livré à Rouen par les américains. Des chalands tractés eux-mêmes par des remorqueurs en béton. Plus de 100 péniches de rivière et chalands seront lancées par l’ingénieur Eugène Freyssinet (1879-1962), l’inventeur du « béton précontraint » en 1928. L’idée de l’emploi de ce matériau en construction navale et des péniches en béton a été à l’origine de la réalisation des «Mulberry» (ies) (pontons flottants puis immergés) pour la création des ports artificiels en Normandie en juin 1944. Pourquoi une péniche aux « Damps » ? D’une part, il faut se souvenir que le confluent de l’Eure et de la Seine se situait aux Damps jusqu’en 1935. Suite à la crue centennale de 1910, des travaux d’endiguement des berges de la Seine et de détournement de l’Eure jusqu’à Martot ont été réalisés de 1932 à 1939. Les travaux, ont eu pour conséquence, la disparition physique des îles du confluent (St Pierre, Rouville, Motillon, Ortieu, Grande, aux Bœufs…). D’autre part, il faut savoir que la navigabilité de chalands sur l’Eure n’a jamais été envisagée lors de ces travaux, cette péniche ne peut donc avoir remonté l’Eure de Martot aux Damps. Enfin, il faut voir que cette « péniche » a perdu toute la partie avant de sa structure, la partie transport de vrac. La partie visible aujourd’hui suggère qu’il s’agit des restes d’un chaland de la série de la première guerre mondiale. Restes toujours flottants, ce que l’on peut voir lors des crues d’hiver, ce qui explique l’amarrage et la présence d’une échelle de coupée montée sur roues. En conséquence, il est permis de penser, qu’au début des travaux de 1932-1939, un chaland de la série de 14-18 s’est retrouvé bloqué aux Damps, pour avarie et en attente de travaux. Ses bateliers ne l’ont pas abandonné et y ont élu domicile. Quoi qu’il en soit, il s’agit du seul et unique domicile flottant de la commune des Damps. Cette péniche est toujours une propriété privée et n’est pas ouverte au public.

“Les Cèdres”

Octave Mirbeau, écrivain, critique d’art et journaliste né le 16 février 1848 à Trévières (Calvados) et mort le 16 février 1917 à Paris, a habité « les Cèdres » de 1889 à 1892. Anarchiste, libertaire, et hostile à toutes les formes de pouvoir, ce fut un grand ami et défenseur de génies artistiques comme Monet, Rodin, Van Gogh, Gauguin, Camille Claudel, Pissaro… Reconnu internationalement de son vivant, ses excès et ses remises en cause des styles littéraires, de la comédie, de l’art dramatique, lui ont valu, post-mortem, une perte de renommée confinant à l’oubli total.

 

 

 

Toile de Camille Pissarro représentant le jardin d’Octave Mirbeau aux Damps (1891)

 

Le Camp aux Anglais

Ce quartier de la commune porte ce nom depuis 1914, quand le Royal Flying Corps britannique, déploya ici des baraquements pour y installer le « 1st Air Depot – Engine Repair Shop ». Cette unité, sous les ordres du « Captain Louis Frederick Rudston FELL », chargée de réparer les moteurs d’avions endommagés au combat, occupait ce terrain jusqu’aux abords de Pont de l’Arche. La rue des Dardanelles commémore le débarquement franco-anglais de 1915 dans ce détroit fermant aux flottes germano-turques le débouché de la mer Noire et de la mer de Marmara vers la mer Egée et la Méditerranée. La conquête de ce détroit devait permettre aux alliés d’approvisionner librement la flotte russe de la Mer Noire. Lien vers un article consacré au “Camp aux anglais”

“les Vauges” et “Le Corbusier”

La résidence des Vauges est le nom donné à un quartier à l’architecture d’après 39-45. L’architecte «Le Corbusier» avait dessiné des plans de résidences aux toits plats, dont les ouvertures ne sont pas en «vis-à-vis» avec celles des voisins et disposant de petits jardins. Le projet attira l’attention des organismes publics qui imposèrent ces plans pour la construction de nombreuses zones résidentielles dans la période fin années soixante – début des années soixante-dix ;

La Mairie

La Mairie des Damps fut inaugurée en 1879. Cette mairie est typique des mairies-écoles des «hussards noirs» de la république, maîtres d’école le jour, secrétaires de mairie le soir, logeant au 1er étage avec leur famille. La mairie accueillit les écoles jusque dans les années cinquante, la cour d’honneur actuelle recouvrant l’ancienne cour de récréation. Le calcaire, la brique rouge et les ardoises du toit révèlent bien le type de construction du début de la IIIe République. Le petit frontispice (triangle), sous le toit, donne un caractère officiel au bâtiment en marquant sa fonction de mairie. C’est un rappel des frontispices des temples gréco-romains, civilisations à l’origine de l’idée républicaine.

 

La maison de la Dame-Blanche

La maison de la dame Blanche est la plus ancienne construction visible des Damps. Les décorations des poteaux de la façade sont de style gothique, style qui, en architecture, a marqué toute la période médiévale jusqu’au XVIe siècle. Les ogives voûtées de la cave sont d’une grande sobriété typique du XIIIe siècle. Certaines parties basses de la maison seraient plus récentes (XIVe siècle) et l’escalier en vis, hors d’œuvre (face Sud), est caractéristique du XVe siècle. Le nom de «Dame Blanche» vient de «Blanche de Navarre 1333-1389», épouse de Philippe VI de Valois comtesse d’Evreux, qui eut un lien avec les Damps et Léry où elle possédait des apanages.

 

 

 

Croquis d’Edmond Spalikows